Observer la démographie et l’habitat : des dynamiques contrastées à l’échelle du Centre Ardèche

Le SCoT Centre Ardèche porte une ambition territoriale forte : conforter l’attractivité du territoire, maintenir sa population active et permettre à chacun d’y construire un parcours résidentiel. Il s’agit de poser les conditions favorables à une attractivité durable : emploi, mobilités, accès aux commerces, services et équipements, sobriété foncière et adaptation au changement climatique.

Les dernières données de l’INSEE (2023) permettent un suivi précis des dynamiques territoriales à l’œuvre pour adapter les politiques publiques aux réalités observées : vieillissement démographique, déficit du solde naturel, progression des petits ménages, évolution du parc de logements et contrastes marqués entre les différents bassins de vie du Centre Ardèche.

Le scénario démographique retenu dans le SCoT vise l’accueil d’environ 7 000 habitants supplémentaires d’ici 2040, soit une progression moyenne de 350 habitants par an, profitant à l’ensemble des bassins de vie du Centre Ardèche. Cette trajectoire, correspond à un rythme annuel d’environ + 0,50 % ; il repose sur la volonté de maintenir la population active sur le territoire (20-60 ans), de soutenir l’économie locale dans sa diversité et de renforcer la dynamique résidentielle du territoire.

Sa déclinaison par intercommunalité prévoit pour la Communauté d’agglomération Privas Centre Ardèche (CAPCA), un objectif de +256 habitants par an à l’horizon 2040 (+0,57%/ an), et un objectif de +24 et de +58 habitants par an à l’horizon 2040 (+0,4%/an) pour les Communautés de Communes du Pays de Lamastre et de Val’Eyrieux.

Les données récentes montrent un rythme de progression modéré. Entre le 1er janvier 2023 et le 1er janvier 2026, la population du SCoT Centre Ardèche a progressé de 235 habitants, soit environ 78 habitants par an.

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Ce décalage ne traduit pas une absence d’attractivité du Centre Ardèche, loin de là. Il souligne plutôt l’effet combiné de plusieurs évolutions structurelles, au premier rang desquelles figurent un vieillissement accentué de la population et un fort desserrement des ménages*.

*Le desserrement des ménages désigne la réduction de la taille moyenne des foyers, liée à des facteurs comme le vieillissement, la hausse des ménages unipersonnels ou monoparentaux, et la baisse de la natalité.

Une stabilité globale qui masque des dynamiques territoriales contrastées

 

À l’échelle du SCoT, la population a retrouvé une forme de stabilité depuis une quinzaine d’années. Après plusieurs décennies de diminution, le territoire comptait 63 246 habitants en 2023, un niveau proche de celui observé au début des années 2010.

Cette stabilité recouvre toutefois des situations très différentes entre les trois intercommunalités :

  • La CAPCA enregistre une progression récente de 436 habitants entre les données INSEE 2020 et 2023,
  • la Communauté de communes de Val’Eyrieux connaît une diminution de 172 habitants sur la même période,
  • et la Communauté de communes du Pays de Lamastre perd 29 habitants.
  • Ces contrastes appellent une réponse territorialisée. Les besoins, les capacités d’accueil et les leviers d’action ne sont pas identiques dans les centralités, les bourgs ruraux, les secteurs périurbains ou les villages. Les politiques de logement, de mobilité, d’accès aux services et de développement économique doivent donc pouvoir s’ajuster à ces réalités locales.

Le vieillissement: un facteur déterminant de la trajectoire démographique

 

Le vieillissement important de la population est l’une des principales caractéristiques de la dynamique des territoires ruraux. En 2023, les personnes de 65 ans ou plus représentent 27,4 % de la population du SCoT Centre Ardèche, contre 21,2 % à l’échelle de la France métropolitaine.

Les évolutions depuis 2012 illustrent ce phénomène : les classes d’âge les plus jeunes et les classes d’âge actives ont diminué, tandis que les 65 ans et plus ont progressé. Cette évolution contribue directement à un solde naturel déficitaire, c’est-à-dire à un nombre de décès supérieur au nombre de naissances.

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Depuis 1999, le territoire bénéficie pourtant d’un solde migratoire positif : de nouveaux habitants s’installent en Centre Ardèche. Mais cet apport migratoire ne compense pas systématiquement le déficit naturel. Entre 2017 et 2023, les dynamiques restent particulièrement contrastées :

  • Sur la CAPCA, le solde migratoire permet une hausse de population malgré un déficit naturel ;
  • sur Val’Eyrieux, le gain migratoire ne compense pas les pertes liées au solde naturel, entraînant une diminution globale de population ;
  • et sur le Pays de Lamastre, le gain migratoire compense tout juste le déficit naturel, aboutissant à une stabilité relative.
  • L’enjeu est double : continuer à accueillir de nouveaux habitants tout en créant les conditions favorables au maintien et à l’installation des jeunes, des familles et des actifs. Cela suppose d’agir de manière coordonnée sur l’emploi, le logement, les mobilités, l’offre éducative, les équipements de santé, les commerces et l’accès aux services du quotidien.

 

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Des ménages plus petits:

un enjeu déterminant pour l'habitat

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Le desserrement des ménages constitue le second facteur majeur à prendre en compte. Il désigne la baisse du nombre moyen de personnes vivant dans un même logement, liée notamment au vieillissement, aux séparations, aux décohabitations des jeunes et à la progression des personnes vivant seules.

En Centre Ardèche, la taille moyenne des ménages est passée de 3,07 personnes en 1968 à 2,03 personnes en 2023 (Ardèche = 2,08). Cette diminution de 1,04 personne par ménage en un peu plus de cinquante ans se poursuit.

En effet, de nombreuses communes présentent une taille moyenne inférieure à deux personnes par ménage. C’est notamment le cas de Privas et du Cheylard (1,84), de Lamastre (1,88), de La Voulte-sur-Rhône et Saint-Agrève (1,95), ou encore de plusieurs villages où ce chiffre est inférieur à 1,80 personne par ménage.

Cette évolution s’explique par plusieurs phénomènes : vieillissement de la population, développement des ménages d’une personne, séparations, départ des enfants du foyer parental, mais aussi transformation des modes de vie.

En 2023, les ménages d’une seule personne représentent 41 % des ménages du territoire, contre 36,6 % en 2012.

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Cette réalité invite à ne pas réduire l’enjeu résidentiel à la seule construction de logements neufs. Il s’agit aussi de proposer des logements adaptés aux différentes étapes de la vie : logements accessibles pour les personnes âgées, petites typologies pour les personnes seules et les jeunes actifs, logements familiaux, solutions locatives, logements évolutifs et habitat inclusif lorsque cela est pertinent.

Un parc de logements en croissance, mais une offre encore insuffisamment diversifiée

 

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    1. Le nombre de logements a fortement augmenté sur le territoire : il est passé de 26 457 logements en 1968 à 42 571 logements en 2023. Cette évolution traduit à la fois le desserrement des ménages, l’augmentation du nombre de résidences principales, le développement des résidences secondaires et la hausse du nombre de logements vacants.
    2. Les résidences secondaires participent à l’économie touristique, à la vitalité saisonnière et à l’entretien d’un patrimoine bâti important. Leur progression peut toutefois limiter la capacité d’accueil permanent dans certains secteurs, notamment lorsque l’offre de logements accessibles aux actifs et aux familles se réduit.
    3. Entre 2012 et 2023, l’accroissement du parc s’est principalement fait au profit des maisons individuelles : +1 981 maisons, contre +721 appartements. Les maisons représentent désormais 75 % du parc de logements, contre 25 % pour les appartements. Dans le même temps, ce sont les logements de cinq pièces ou plus qui ont le plus progressé. Pour autant, cette forte augmentation du nombre de logements sur le territoire n’a pas permis d’éviter l’érosion démographique du territoire.
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Cette évolution révèle ainsi un décalage potentiel entre le parc proposé et les besoins d’une population dont la composition à évoluée vers des ménages de plus en plus petits.

Les grands logements individuels restent indispensables pour certaines familles et pour répondre à une partie des aspirations résidentielles. Mais le territoire doit également renforcer une offre plus diversifiée pour faciliter les parcours résidentiels de ménages en constante évolution : petits logements de qualité, logements intermédiaires, logements locatifs, appartements adaptés, logements proches des centralités et solutions permettant de libérer ou de réinvestir le parc existant.

Favoriser les parcours résidentiels

et l'accès au logement locatif

La fluidité des parcours résidentiels constitue un enjeu majeur. En 2023, 56 % des ménages du territoire occupent leur logement depuis plus de dix ans. Cette stabilité peut être un facteur positif d’ancrage local, mais elle peut aussi révéler des difficultés à changer de logement lorsque les besoins évoluent.

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Le parc locatif connaît par ailleurs une légère régression. La part des locataires du parc privé diminue, tandis que la part des propriétaires progresse. Or, le logement locatif est souvent une étape essentielle pour les jeunes, les personnes en mobilité professionnelle, les familles en transition et les nouveaux arrivants.

Renforcer et diversifier l’offre locative, dans le parc privé comme social, constitue donc un levier pour maintenir la population jeune, accompagner les recrutements des entreprises locales et faciliter l’installation de nouveaux ménages. Cet enjeu concerne aussi la qualité des logements, leur niveau de charges, leur performance énergétique et leur localisation par rapport aux lieux d’emploi et de services.

Vers un "optimum démographique"?

Cette analyse montre que dans un contexte de vieillissement marqué et de desserrement durable des ménages, l’enjeu n’est pas seulement d’atteindre un objectif chiffré de croissance démographique.

Il s’agit surtout de viser un optimum démographique, c’est-à-dire une trajectoire soutenable et équilibrée, permettant :

  • de maintenir une population active et de favoriser l’installation des jeunes et des familles ;
  • d’accompagner le vieillissement dans des conditions de logement, de mobilité et d’accès aux services adaptées ;
  • de proposer une offre de logements diversifiée, accessible et économe en ressources ;
  • de renforcer les centralités et les services de proximité ;
  • de soutenir l’emploi local et les activités économiques ;
  • d’adapter le développement territorial aux enjeux climatiques et environnementaux.